Caché dans ses pas de jeune fille se trouvait des pas de géants. Une pointure en majuscule pour lancer ses débuts de lois. Des chausses en XXL pour rendre hommage aux vieux livres. C’est que la demoiselle, traçant sa politique, remorquait dans ses godasses toute la mesure de l’Histoire, en plus du fardeau de tout ce qu’il lui restait à faire. De là une progression certes du petit pied, mais de grande envergure, sans trop d’étourderies.
Car la jeune fille, hier une princesse, aujourd’hui une reine, avait l’ambition des âmes encore adolescentes : « Changeons donc la machine ! Voilà ce qu’il faut faire… », rapportaient, dans leurs missives, les espions à sa cour. Mais une telle aspiration se heurte aux lenteurs d’usage. L’appareil polémique avec le dessein. La visée doit faire avec le cabinet. Le bureau, du plus obscur au plus recommandable, doute, boude, finit toujours par suivre, quoiqu’avec peu d’empressements et en trainant les pantoufles. C’est que, dit-on, et avant toutes choses, il faut baiser les mains ; et rendre hommage ; et promettre ; et se cambrer. Mazarin assure même que si on est femme, autant, aussi, remonter la robe. Certains exposent, plus succinctement, qu’il faut rassurer, tout simplement : « Que le tout change, certes, mais pas trop quand même ! ». Qu’il faut désapprendre, qu’il faut adapter. À bon entendeur.
Tenir le passé d’une main et n’avoir du futur qu’une image ; convaincre, commander, sans trop satisfaire, ni trop séduire, ni trop menacer ; le tout, eh bien, sans éradiquer ; telles sont les arguties du mot réforme.