Qu’il suffit parfois d’un peu de chaleur

Je ne sais pas quoi écrire… Je suis déprimé… Las, mes membres sont acquis au renoncement, à cette lassitude triste et désespérante. La dépression… Il faut le dire… Tous mes savoirs m’en ont édulcoré la patine ; ils me l’ont rendue diaphane, rendue transparente.  Le vivre dans sa chair est une autre péripétie. Aligner les phrases n’a rien d’aussi éprouvant. C’est une épreuve, et pour quel résultat ?

Escalade périlleuse au-dessus du trou,

La tête basse jugulant la tête haute.

Il est vrai que l’on racle, car le vide nous absorbe. La peur de tomber nous obnubile. De là l’obsession avec ce qui se trouve au-dessous. L’on regarde où l’on marche, pour ainsi dire. De là aussi une tendance à y chercher consolation, couché comme nous sommes dans ce qui nous reste de puits. Cavité profonde où ne résonne que nos pensées funestes, tumultes intérieurs, et réverbérations favorisant l’échec et mat ; le bide, la fin, au fond le four ; car oui, nous voilà cuits : « Jetez donc ces restes ! Cramés comme ils sont » …

Et, pourtant, n’est-ce pas du charbon ? Aimable Tison !… Soufflons sur ces braises…

Rallumons le feu. Quelques brindilles. Du feu follet tirer le braséro. Du feu de l’enfer produire le feu sacré.

S’y installer. S’y réunir. S’y recueillir ; piété à trouver dans la communauté. Du feu sacré essayer le feu doux ; caresse suave en bonne compagnie ; faire cuire des saucisses, y jeter quelques chansons ; de l’incendie, ou de la terre brulée, n’en retenir que le foyer possible. Après le feu, penser la friction. D’après la friction, penser l’amitié,

et

peut-être plus.

D’après la flamme, penser l’affection. Et avec l’affection, sortir du trou.