Homo Superior !

Méphistophélès[1] : « Il nous a créés, nous, pour les ténèbres, et, pour vous, le jour vaut la nuit et la nuit le jour ».

Reprenons. D’un côté les ténèbres, réservées aux démons ; d’autre part les lumières, habitacle des anges. Du Yin et du Yang qui vivent à l’opposé, la jonction des deux étant réservé à Dieu.

Une formule magique dont Il a le secret,

Synthèse éternelle qui Lui offre l’Éclat,

Un divin résumé à jamais impénétrable, que l’on se nomme Abbadon ou que l’on soit Mikhael ;

Car la mauvaise partie risque l’éblouissement,

Et la chaste moitié risque la stupéfaction.

Autant d’horreurs ! Autant d’alarmes ! Pourtant motivées… dûment mêlées… savamment mélangées… et finement unies ; unies à ces ébahissements dignes des plus innocentes joies. Amour et Haine : comme mariés d’avance ; union sacrée célébrant son promoteur : Dieu, le Père, le Grand, le seul, l’unique à en comprendre le chef.

Toutefois, Homo ne fut pas aveuglé,

L’Homme, aussi, eu toute licence de voir,

Mais dans la pénombre ; dans cette brume où l’Homme a le regard flottant. Car c’est précisément dans cette imprécision que l’Homme s’avère être au-dessus des anges, et qu’on le jugera au-dessus du Diable. Contrairement à ces deux soustractions — partielles, autant que borgnes — l’Homme compose, somme à sa manière, piochant chez l’un ce qu’il ne peut trouver chez l’autre.

Homo Superior ! Il faut le dire. Étant admis que l’on avance vers le Souverain Bien…


[1] Méphistophélès est le Diable personnifié dans la pièce de J. W. Goethe (Faust, 1808).

Pariant avec Dieu qu’il serait capable de corrompre l’un de ses serviteurs, un dénommé Faust – un homme de science, mais, aussi, un homme perdu – Méphistophélès multipliera les sophismes, les tentations et les aventures déraisonnables de façon à briser la confiance que Faust accordait à Dieu (et même à la vie). À mesure que la corruption gagne, la Foi de Faust se voit remplacée par une sorte de summum du Vice. Méphistophélès parle ici de Raison démoniaque, par opposition à ce qu’il juge être un éphémère humain, lequel ne vaut, selon lui, que frivolités et insignifiance.