DING ! Les portes s’ouvrirent. L’empêché laissa place à l’explorable. Plus de quoi interrompre, plus de quoi verrouiller : Nathan pouvait débuter son ascension. Reste que notre jeune homme resta sur le palier, au bas de la pente, bordant son courage, sa candeur timide, son assaut réfléchi.
Ses réflexions l’incitaient à la prudence.
Il était tout absorbé par ses cogitations.
Ainsi ses pieds restèrent flanqués au sol. Pas moyen de les faire avancer d’une mesure.
Réfléchir réfracte, penser tergiverse. Penser en roue libre manque de résolution. Par le délibérer arrive souvent le doute : retraite mauvaise aux esprits hésitants. Qu’importe le courage ou l’intrépidité : un caractère circonspect avancera à dessein, plus qu’il n’avancera jamais décidé. Pour eux prendre une décision nécessite un programme ; pour eux, choisir, c’est d’abord choisir les choix, puis choisir le choix, puis choisir sa voie. Nathan était de ces gens qui règlent tout à l’avance. Mais de tels programmateurs manquent parfois d’étincelle, de ce hasard du feu déjouant les pronostics, de cet inattendu poussant à l’aventure, de cette douce insouciance parlant au plus haut, à l’étourdissement, à l’inespéré, bref, à l’imprévisible, à ces folies dont sont cousues les belles histoires. Même les mauvais récits ont leurs péripéties. Et si l’on s’en sort, ne sont-ils pas formidables ? Terrifiant à vivre, géant à surmonter. Nathan planait entre ces deux précipices : l’un, menant aux soubassements, l’autre, menant à l’inanticipable, au peut-être que, ou au surement pas ; à cette autre jetée qui mène à la foi, religion de l’Homme dont le livre est l’agir.
Nathan était toujours face à l’ascenseur.
(Avançons ! sans conditions !)
Et avec autorité, il entra dans la cabine.