Le garçon qui voulait tout changer en vert

« Avoir la main verte » ; jamais une expression ne fut plus à propos. Dorian, dorénavant, peignerait le monde avec cette autre couleur.

*

Dorian avait la curieuse faculté de colorer tout ce qu’il touchait. Ainsi était-il né, avec cet étrange pouvoir. Un extraordinaire ! au goût de malédiction. De quoi, au début, inquiéter ses parents ; et de quoi, chaque jour, révulser les curieux.  Car, jusqu’à maintenant, il est vrai que ses doigts n’avaient pu exprimer que du rouge. Tout ce qu’il touchait était devenu cerise ; ou devenu flamme, ou devenu sang. Une telle incandescence peut vous laisser pantois, ou vous laisser rêveur, ou vous laisser fuyant. La plupart des gens optaient pour la troisième option.

Il faut comprendre.

Une telle carnation a quelque chose de carnivore.

L’impression produite a quelque chose d’effrayant.

C’est pourquoi échanger ce rouge pour ce vert ; en soi délaisser les flammes pour la chlorophylie ; et ainsi renoncer à l’hémoglobine pour la photosynthèse… cela avait de quoi le faire plus que sourire. Il jubilait : « Enfin ! enfin ! une autre couleur ! Fini l’Enfer ! Bonjour le bois ».

Dorian, pourtant, était toujours soliste. La musique est plate lorsqu’elle se résume au un moins un. D’un instrument à une corde qui chantait Do, il était passé à un instrument à une corde qui chantait Ré. L’amplitude avait de quoi décevoir…

D’un bout à l’autre de sa mélodie – ou de l’une à l’autre extrémité de sa portée –Dorian se trouvait toujours pauvre en couleurs. Dommage : car ce diagnostic n’était pas partagé. D’autres lui auraient dit que sa couleur était très bien comme ça ; d’autres lui auraient rappelé la fonction d’un diapason, ou comment une note suffit à tenir l’ensemble. Mais ces autres, présentement, n’étaient pas là pour lui, à côté de lui, pour le convaincre. Ainsi continuât-il à se maudire : « Ma tragédie est de voir le monde en arc-en-ciel, et, futilement, de n’en tenir qu’un rayon ».

*

La Caverne tonne, encore et toujours : comment convaincre l’autre d’abonner ses gribouillages, et le convaincre encore de ce qu’il l’inspira au-dehors ?

Donner l’exemple ; montrer du doigt ; et ainsi l’absoudre de son crépuscule.

Peut-être.

Oui, peut-être.